Chine

Dans les méandres de Longtanzishuidong

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26/2/2008
Olivier Testa, Pascal Orchampt

Vers 9h15, en ce premier jour d’exploration de l’Expé Guizhou 2008, un bol de nouille dans le ventre, le bus démarre dans l’air glacé du Guizhou (3°C ) pour nous mener vers nos objectifs respectifs. Trois groupes ce matin : trois d’entre nous descendront à Guihua, pour tenter une escalade dans Shanwandong. Deux autres groupes iront à Longtanzishuidong, et iront explorer deux branches différentes.

Pascal et moi sommes de ceux-ci, avec pour objectif de remonter au maximum l’étroit méandre du vermisseau, étroit et humide, pour espérer jonctionner avec le fond de Xinjiawanliangfengdong, une grotte située dans les amont du réseau, à plus de 1400m d’altitude, et qui ferait augmenter la profondeur du réseau de 250m, un objectif très enviable.

Nous voici donc parti en bus, et après avoir laissé nos amis en route, sur la superbe route bitumée toute nouvelle qui mène au coeur du parc national, nous arrivons à Tonggu après 30minutes.

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La vallée de la Shuanghe
Souvent, le ciel est encombré de nuages. Malgré cela il y a de belles journées, et les montagnes se laissent alors découvrir

Un record par rapport à l’expé de 2005 où Tonggu se faisait en 1h45, hors aléas liés à la route en construction (boue, encombrement par une pelleteuse, dépot de gravats...).
Tonggu est un petit village dont les fermes traditionnelles (murs de bois, toits en tuiles, légèrement recourbés sur les bords) sont progressivement remplacées par des résidences de tourisme en construction. Deux sont actuellement construite, et nous pouvons observer les fondations de 9 autres. Cependant, il est très intéressant de noter que des arbres ont été plantés tout au long de la route, fait extrèmement rare ici. C’est probablement une conséquence de la mise en place du Parc National de la Shuanghe.

Là, un Pajéro nous rejoint, et après un peu de 4x4, nous arrivons en vue de la superbe doline de Longtanzi, dont les dimensions colossales (500mx100m) lui ont valu le nom poétique de baignoire du dragon
Après une petite marche pour accéder au pied de la doline, nous regardons partir l’équipe de Florence et Nico qui s’enfoncent dans le vaste porche de Longtanzi aval, haut de 30m, et large de 20m dans lequel s’engouffre une rivière. L’équipe composée du photographe et du caméraman qui nous accompagne les suit avec attention, juste le temps pour nous de filer à l’anglaise et de partir dans la direction opposée.

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L’entrée de Longtanzishuidong
Remarquez Nico et Florence, en bas
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Nous voici donc à l’entrée de cette belle grotte, de dimensions respectables. Le porche est haut, et nous entrons à trois, accompagnés d’un étudiant chinois désireux d’apprendre la spéléo. Le tube de 30m de diamètre s’enfonce droit dans la montagne, et après une centaine de mètres, nous arrivons au collecteur, rivière qui traverse la galerie que nous parcourons. Traversée, puis nous continuons en face en direction du vermisseau. La galerie fait encore une quinzaine de mètres de large, puis se transforme en méandre creusé en trou de serrure, 6m de profondeur, 10m de large au plus large. Nous crapahutons sur les banquettes recouvertes de petits gratons qui nous font adhérer malgré l’évasement de la galerie. Certaines oppositions sont assez osées, mais ça passe. Plusieurs centaines de mètres plus loin, nous arrivons à la branche menant au vermisseau. Nous continuons cependant tout droit, pour voir à quoi ressemble le terminus de cette galerie, indiquée pas les équipes précédentes comme s’arrêtant sur une étroiture impénétrable, avec un fort courant d’air.

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Salle concrétionnée

Après avoir traversé une belle salle largement concrétionnée, avec une centaine de stalactites, de colonnes et de stalagmites de plusieurs mètres de haut, 30cm à 1,5m de diamètre, nous arrivons dans une zone possédant quelques étroitures ponctuelles, garnies de petites dents minérales. Pascal passe. Je le suis. De l’autre côté, Pascal me montre 3 ou 4 trous sur le devant de sa sous-combinaison de spéléo. Sur les cuisses, sur le ventre. Seconde étroiture. re-crac. Deux déchirures au dos laissent largement voir la peau de mon ami. Ces petits choux-fleurs, comme on les appelle, n’ont pas fini de nous embêter, mais nous arrivons malgré tout au fond supposé de la galerie. Cependant, si l’équipe précédente avait indiqué que cette galerie était un cul-de-sac, nous trouvons derrière une grosse concrétion un passage avec un courant d’air, signe prometteur. Nous rampons sur une dizaine de mètres, puis nous commençons le relevé topographique. Nous remontons une petite rivière, dans la "galerie de la grenouille à points orangés", (nous la baptiserons ainsi).

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Pascal en train de topographier

Au pied d’une cascade, nous trouvons en effet une petite grenouille gringalette toute noire, tachetée sur les cuisses. Le temps que je sorte l’appareil photo, notre acolyte chinois essaie de l’attraper. Elle s’enfuit, se coince sous des cailloux, se fait déloger, repart, cherchant un coin à l’abri, mais Wuqini est persévérant et nous abrégeons la lutte inégale. Nous continuons à remonter la rivière sur une centaine de mètres, puis nous sommes obligés de nous arrêter sur un remplissage amont. Revenant sur nos pas, nous remarquons un puits remontant de quelques mètres sur le côté droit de la galerie. Pascal commence l’escalade, tandis que je tente de discuter avec Wuqini, qui ne parle vraiment que quelques mots d’anglais. Pendant ce temps, nous entendons les coups de marteau acharné de Pascal, en train de planter un amarrage dans la roche, afin de pouvoir installer une corde pour remonter. Ceci fait, je monte, laissant Wuqini qui ne maîtrise pas la technique seul dans le noir, et nous continuons l’exploration.

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Au sommet de ce puits, deux branches. Une est fossile et ne va pas très loin, retombant probablement dans la galerie principale. L’autre donne sur une rivière. Et là surprise ! Nous pensions voir une rivière partant plein Ouest, et elle coule dans l’autre sens. Un autre affluent, baptisé "la rivière à coutre courant". Je pars à l’aval, Pascal à l’amont. La rivière serpente dans un méandre déchiqueté, pas très haut. 30m plus loin, elle se perd dans un passage étroit. Je rebrousse chemin, et remonte voir Pascal.
Nous partons vers l’amont, dans une galerie de 5m de large. Au plafond, un puits remontant se pince. Pascal entend un bruit ressemblant à une motopompe qui en sort, moi un bruit de canalisation. Bref, ca fait beaucoup de bruit. Dix mètres plus loin c’est la fin. Un ressaut tapissé d’argile bloque le passage. Comme un grand entonnoir de 10m de diamètre et 15m de fond rempli d’argile. J’essaie de descendre, mais je glisse tellement sur les parois molles que je rebrousse chemin.

Nous ressortons de la "galerie des faux cairns" [1] , et au pied du petit puits, je me faufile entre les blocs, négocie une étroiture infâme remplie de boue, pour tomber sur un petit ruisseau qui part dans un passage étroit. Quelques os d’une chauve-souris jonchent le sol. Je ressort, sale.

L’heure de sortie approchant, nous rentrons tranquillement. A la sortie de la grotte, un puissant "Ohé !" lancé par Pascal en renvoie un autre, par l’équipe de Nico et Flo. Belle synchronisation. il est 18h30.
Retour en 4x4 à la nuit à Wenquan (prononcez Wen-chou-ane), où nous attend la troisième équipe. Le repas servi, chacun se rue sur la nourriture. Petites pommes de terre en sauce, pousses de soja crus aux vermicelles chinois avec quelques légumes, arachides salées, oeufs de cent ans, gras de porc aux saucisses, légumes vert (genre broccoli), bouillon de porc aux vermicelles de riz et épinards bouillis, chili con carne, le tout accompagné de riz et de bière.

Après le repas, vers 21h, nous saisissons sur l’ordinateur les données relevées dans la journées, nous planifions la journée du lendemain. Pascal et moi décidons de repartir ensemble vers le village éloigné de Dawan, pour prospecter de nouveaux trous dans cette zone peu parcourue.
Vers 23h, nous allons nous détendre dans les bains chauds de la station thermale qui jouxte notre petit hôtel. L’eau coule à un peu plus de 40° et nous mollissons lamentablement dans une piscine, emmagasinant de l’énergie pour affronter la nuit glaciale (dans les chambres, il n’y a pas de chauffage, et les portes et fenêtres ne ferment pas).

Suite : A Dawan, découverte de Daqingxiaokengdong

Au bilan de la journée : une cinquantaine de visées, 357m topographiés, 7h30 d’exploration

[1] ce n’est pas facile de toujours trouver une fine appellation !

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