Aventures Spéléologiques

Le Mont Otha

Randonnée autour de Gwoknyeri

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Il s’agissait de ma toute première ballade en Ituri, Congo, et le parcours nous a fait approcher la diversité du paysage agricole de cette région.

Après la soirée de la veille au Matongé, le bar-dancing de Mahagi, c’est avec la bouche pâteuse que chacun se réveille ce dimanche matin.

J’allume mon téléphone. Un message de David, qui est allée dormir à Rimba, me prévient qu’il ne pourra pas se joindre à nous pour cette petite randonnée. Je suis arrivé depuis trois semaines à Mahagi, mais ce n’est que le premier week-end que je passe ici.

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Le Mont Otha (ou Ota)
il culmine à 2085m et domine la plaine, de Nioka à Mahagi

Au cours de mes déplacements professionnels en brousse, j’avais repéré le mont Ota, qui ne demandait qu’à être gravi. Après un petit-déjeuner royal agrémenté d’avocat, de mangue, de maracuja (fruit de passion), et d’une tranche du pain que j’ai cuit la veille dans notre nouveau four à bois, Régis et moi partons pour Ngote en 4x4, lieu supposé du départ de la ballade.

Une vingtaine de minutes plus tard, bien avant Ngote, l’accès au massif me paraît aisé, et nous prenons une petite piste qui mène sur la place principale d’un petit village. Nous descendons, et un vieux nous salue. Les enfants accourent autour de nous. Ils rient, se cachent, sont fortement intimidés. Le Muzungu est dans leur village ! Le vieux nous montre le début du sentier qui monte dans la montagne, et nous laissons les habitants de ce village.

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Mosaïque de cultures
L’accès aux terrains cultivables est un problème dans la zone de Nioka et Ngote

Le début de notre parcours se passe dans les champs sur les flancs de la colline. Maïs, haricots, bananiers, sorgho : tout pousse simultanément dans le même champs. Chaque plante exploite une partie des richesses de cette terre fertile. Les fleurs d’amarantes, d’un fushia foncé très intense, sont vraiment superbes. En France, on les trouve chez le fleuriste. Ici, on la mange. Nous croisons deux femmes qui portent sur leur tête de gros fagots de bois.
- Djambo Maman !
- Djambo

Elles portent de vieux pagnes aux couleurs délavées, aux tons oranges, marrons et blancs.
Nous montons progressivement, et la plaine derrière nous prend une autre ampleur.
Une longue colline rectiligne borde une très vaste plaine où les parcelles cultivées forment une mosaïque variant les tons de verts et de rouge-terre. Il y a très peu d’arbres dans cette partie du Congo : la très forte densité de population et le besoin de terres cultivables ont provoqué une déforestation systématique.

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Les "gendarmes"
C’est le nom en patoi pour cette plante qui, tel le pissenlit, déploie ses graines en boule. Mais ici, les graines s’accrochent aux vêtements pour la dissémination. C’est très long à enlever.

Nous continuons notre petite ascension. Le soleil tape, même s’il n’est que 9h30. Nous arrivons à la lisière des champs cultivés, et le champ en jachère que nous traversons regorge de ces plantes qui laissent des centaines de petites boules qui collent aux vêtements dès qu’on les touche. C’est désagréable. Nous retrouvons un sentier bien tracé, et la végétation change. Nous sommes maintenant dans une forêt peu dense de cyprès, caractéristique par son odeur. La pente est raide, mais rapidement, nous arrivons sur l’arête, et de l’autre côté se découvre Gwok’nyeri (le ‘k’ ne se prononce pas).
Par un appel radio, nous prévenons le chauffeur de continuer la route, et de nous attendre sur la place du village de Gwok’Nyeri.

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Longeant l’arête, nous pouvons voir de plus près les rochers blancs que l’on voyait affleurer depuis le bas. Ce ne sont pas des calcaires comme je l’aurai espéré. La roche est blanche, présente des traces de plissures et plein de facettes qui brillent au soleil. Il y a des blocs de partout, et certains, cassés, laissent voir à des traces d’un vert très vif, probablement dues à la présence de cuivre oxydé. D’autres présentent des couleurs bleues. La végétation n’est pas très dense, et nous sortons rapidement des cyprès pour faire une petite pause devant le spectacle qui s’offre à nous.

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Village sur une bute

Des champs, des paysans qui cultivent et parmi ces champs, de petits villages constitués de quelques cases en toit de chaume sont disposé à la faveur d’une colline, ou d’un aplatissement du relief. Une odeur florale taquine mes narines. Je n’y prête tout d’abord pas beaucoup d’importance. Nous repartons, et redescendant sur l’autre versant, l’odeur se fait plus précise, plus imposante, plus entêtante. Je vois un arbre pas très loin. Il est en fleurs. Pas entièrement, mais des fleurs jaunes commencent à pousser en grappes. Pas de doute, c’est du mimosa. Plusieurs autres mimosas sont clairsemés sur ce versant, et la puissance du parfum enivre.

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Fleur et fruit
(non identifiés. aide bienvenue)

Nous continuons notre descente, jusqu’à rejoindre des cultures de manioc. Les feuilles étoilées vert sombre avec des reflets violet sombre contrastent fortement avec les feuilles ratatinées des pieds malades.

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Feuille de manioc

Car ici, la mosaïque africaine du manioc fait des ravages. C’est une maladie présente dans le sol qui asphyxie les plants en stoppant la production de chlorophylle rend les racines de manioc rachitiques. Nous arrivons dans un petit village d’une dizaine de cases en terre battues, certaines recouvertes d’un enduit blanc, avec un toit en paille. Une seule est décorée avec des dessins à l’ocre. Les habitants nous regardent passer, étonnés. Dans la cour d’une concession, une jeune fille est en train de se faire tresser par sa grande sœur. Une vieille femme tourne avec une spatule une épaisse mixture maronâtre qui bouillonne doucement dans une grosse marmite posée sur un feu de bois. Un homme frappe les haricots par terre pour les écosser. Une chèvre bèle, attachée à un avocatier chargé de fruits d’un vert clair. Des poussins de quelques jours tentent de suivre leur mère poule qui picore tranquillement des grains de maïs tombés à terre entre des plants d’Aloe vera.

- Zoulou Sierra Dix de mobile 125 crrrrrrrssh La radio dans mon sac grésille. Le chauffeur nous appelle
- je te copie
- position, à toi
- Nous sommes à 10 minutes du centre ville.
- Ok, je suis stand-by au centre-ville.
- Ok, terminé

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Ville de Gwok’Nyeri
Ni eau, ni électricité, mais les maisons sont propres et décorées

Nous traversons le village, et continuons à travers champs. Deux jeunes filles nous précèdent. Une d’elles porte une grosse jarre sphérique en terre cuite sur sa tête, l’autre un fagot de bois sec. Elles se retournent régulièrement en gloussant, mais malheureusement, nos chemins divergent. Nous approchons de la ville. Les maisons sont plus rapprochées. Les plants de café sont nombreux. Les cerises sont encore vertes, mais je suis étonné de voir les branches ployer sous le poids des fruits. Un groupe d’enfants sous un manguier nous interpelle « Népalais, Népalais ! donne-moi » Les casques bleus de la MONUC sont tous Népalais dans la région. Ce sont les seuls blancs que ces enfants aient vus depuis leur naissance. Ceci explique cela. Nous arrivons enfin sur la route principale, et peu de temps après, nous rejoignons la voiture qui nous attends. Nous partons vers Ngote, pour achever cette petite promenade avec un repas au Restaurant Continental : une grosse assiette de fufu (boule de purée de manioc) et deux morceaux de chèvre en sauce, pour un prix dérisoire.

Je concluerai en notant que je referai la randonnée, en parcourant cette fois tout l’arc du massif, pour faire une boucle. Mais pour un premier aperçu Congolais, ce fut une réussite totale !

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Fichier Google Earth de la randonnée

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