Aventures Spéléologiques

Bunia, Ituri

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5/06/2008 Rappel : Je viens d’arriver à Goma, en RD Congo (lire newsletter précédente) Mail
Je suis sur Yahoo. J’écris un mail. La connexion est très lente, dans les locaux de Solidarités à Goma, mais ça marche. Tout à coup, à droite de mon écran, dans la fenêtre « Yahoo news », je lis « Dépèche AFP. Un avion cargo s’écrase sur l’aéroport de Goma. 1 blessé. 17h08 »
Je regarde l’heure sur mon ordi : 17h12. Les nouvelles vont vite.

Goma, ville volcanique
Nous sommes dans la rift valley. C’est une large vallée qui déchire l’Afrique en deux, à la faveur de l’écartement de deux plaques terrestre. Ce déchirement a créé les grands lacs : Edouard, Albert, Kivu, Tanganyika, Malawi, et un volcanisme très important.
Goma est situé au pied du volcan Nyiragongo, 3300m. Le sol de la ville est noir. Les maisons sont noires. Les routes sont noires. Les roches volcaniques sont de partout. Les bétons sont coulés avec des graviers volcaniques. Dans les sous-quartiers, les routes sont taillées dans la lave.
Goma, 800.000 habitants. Les rues principales furent goudronnées, à une époque. La ville est triste.
Pas de distractions. Interdiction de sortir dans les quartiers populaires, car les habitants de Goma s’enflamment paraît-il très rapidement. On retrouve donc les expatriés dans les mêmes lieux. Deux ou trois bars en ville, quelques hôtels.

Lac Kivu
Comme le Lac Nyos et Monoun au Cameroun, le lac Kivu est un lac tueur. Nyos par exemple a fait 1200 mort dans les années 90 lors d’une éruption limnique : les eaux sont saturées en CO2 ou CH4, et parfois, ce gaz se libère dans l’atmosphère, asphyxiant toute vie (dans un rayon de 30km pour Nyos). Or, si Nyos et Monoun font moins d’un km2, le lac Kivu fait 2700km2. On a récemment découvert que les quantités de méthane dans ce lac sont colossales (57 milliards de mètres-cubes). Des projets d’exploitation sont en cours. Parfois, des pêcheurs meurent. Parfois, alors que des gens se trouvent au bord du lac, ils ressentent une intense fatigue. C’est une poche de gaz qui se libère. Kivu est immense, comme une véritable mer intérieure, et peut-être que cela sauve les riverains d’une méga-explosion. L’eau est superficiellement brassée et le gaz se libère progressivement, par petites quantités. J’ai assisté hier soir à une véritable tempête lacustre, identique à ce que l’on pourrait trouver en méditerranée lorsque le mistral souffle, les embruns marins en moins.

Aéroport International de Goma
A Goma, toute la journée, on entend des avions voler à très basse altitude sur la ville. La piste est située en centre ville et les vieux Antonov font vibrer les murs du bureau à chaque passage.
L’aérogare (c’est un grand mot) nous accueille pour faire les papiers, mettre les tampons qu’il faut là où il faut. Je décolle aujourd’hui pour Bunia, Ituri. Florent est logisticien et part avec moi. Il part à Béni, Grand Nord Kivu. Nous allons sur le tarmac, partagé entre les avions des UN (Nations Unies), les avions des compagnies privées congolaises, et les petits avions. C’est un de ces derniers que nous prenons. 9 places. La piste est coupée en deux par une coulée de lave qui s’est arrêtée au centre ville quelques années auparavant. Un avion cargo s’est craché la veille ici. Le vieil avion russe a le nez planté dans la lave. Il a percuté au passage un hélico vétuste qui trainait là.
Bref, nous mettons notre ceinture, l’hélice commence à tourner, et quelques minutes plus tard, le coucou décolle, fait le tour de la ville et part plein nord. Nous survolons à basse altitude le parc national des Virunga, le volcan, la forêt éventrée par les coulées de lave, les rivières, et les petits villages. Bunia est à 1h30 de vol. Nous aurons droit au soleil, aux nuages, à un orage, et enfin un atterrissage dégagé sur la piste de l’aéroport de Bunia. Vu de haut, Bunia n’est pas très grande. Un camp militaire proche de la piste abrite les régiments des UN, leurs blindés, leurs avions, et les campements. La ville est plus loin, entre les collines.

Bunia
Trois artères principales en terre ravinée, et des sous-quartiers pour héberger les 300000 habitants de la ville. Les artères principales sont occupées pas les grandes ONG et OI : PNUD, FAO, PAM, OMS, MONUC, UNICEF, ECHO, Oxfam québec, Oxfam UK, Médecins Sans Frontières, Solidarités, Save the Children UK, Coopi, Première Urgence, AAA... Des barbelés autour des bâtiments. Quelques impacts de balles sur les murs. A côté, les habitants vivent leur petite vie. Un boutiquier vend sur un étal ambulant des chaussures d’occasion. Sur des tréteaux, tel autre vend les produits alimentaires : huile, sauce tomate, sucre, cigarettes, bananes. On croise des véhicules UN à chaque coin de rue. Des gros Landcruiser avec des hautes antennes HF. Les casques bleus MONUC sont postés devant les bâtiments principaux. Très peu de boutiques, d’entreprises, de bâtiments commerciaux le long de ces axes. Les magasins n’ont que très peu d’articles en vente. Les prix sont élevés. Dans le lointain, on voit la campagne, verte, avec des nombreuses petites collines.

Radio
Les consignes de sécurité sont strictes. Nous avons notamment l’obligation de toujours sortir avec une radio VHF portable (handset) allumée, pour rester en contact avec la base. « 
- Zoulou Sierra Base une de Zoulou Sierra dix
- je te copie zoulou sierra dix
- J’ai besoin d’un mobile. A toi
- Mobile 112 est à Papa Uniform. Position ? à toi
- Je suis à Golf 2, je vais à Mike Mike à toi
- OK je te l’envoie. Terminé
- Ok terminé » Voilà, c’est notre lot quotidien. Chacun, chaque lieu a un code et nous communiquons ainsi.

Un repas, le soir
Après une rude journée de travail, nous voilà tous rentré à la maison. Solidarités a trois maisons pour héberger les expatriés. Il est 19h30, il fait nuit noire et l’intérieur de la maison est sombre. Le réseau électrique urbain doit fournir 100V, et les ampoules à incandescence donnent une lumière très jaunâtre qui n’éclairent rien du tout. La lampe à pétrole est obligatoire pour dîner. Les nombreux moustiques tournoient et m’agacent.
Le cuisinier nous a préparé un bon petit repas, comme à son habitude. Salade de choux, filet de poisson au four avec une sauce aux légumes, purée de pommes de terre épicée (cannelle ?), riz, et ragoût de bœuf au gingembre. En dessert, tarte à la rhubarbe et reste du dessert de midi, pain perdu (avec du miel congolais).
Pour accompagner le repas, la Primus, bière de tradition congolaise. La bouteille de 72cl a tellement été utilisée (consigne) que le verre est dépoli, rugueux.
Les discussions tournent principalement autour du boulot, des voyages, ou bien partent dans une direction totalement délirante. Un café congolais pour finir le repas, et la soirée se termine soit en bouquinant, soit devant un film sur l’ordi, soit au bar.

Télévision
La télé congolaise laisse vraiment à désirer. Je ne vous fait pas un dessin. Mais heureusement, on capte CCTV. C’est une chaine de télévision nationale chinoise, qui émet en langue française. Je vous laisse là aussi imaginer le type de programme qui sont diffusés. Comme partout en Afrique, la Chine développe des accords intergouvernementaux pour l’accès aux ressources naturelles, et des visas pour ses ressortissants. Le Congo est un trésor (bois, métaux rares et précieux, diamants) et les convoitises sont nombreuses.

Aviation Sans Frontières
C’est le nom de la compagnie de taxi-aérien qui me permet de relier Bunia à Mahagi. C’est une ONG Belge qui est à dispositions des ONG humanitaires. Car aujourd’hui, je m’envole pour Mahagi. Enfin ! Cela fait 10 jours que je suis parti, et je commence à me lasser des formations, des briefings, et des lectures de rapports, sans avoir jamais vu le terrain ni mes collègues. Nous sommes donc dans l’aéroport de Bunia. Chaque passager doit se peser, ainsi que tous ses bagages, avant de partir. L’avion décolle avec 400kg maximum. Il prend normalement 4 passagers, mais aujourd’hui, nous sommes cinq. Niveau bagages, ca va être juste. Chaque passager a droit à 80kg, y compris son propre poids. Mon collègue pèse 78kg à lui tout seul...
Je sacrifie mon sac, et je me positionne en co-pilote.
Le petit Cessna se positionne en bout de piste. J’ai un casque, et entends toutes les conversations entre la tour de contrôle et le pilote. On met les gaz, et c’est parti. L’avion décolle, et notre voyage sera époustouflant. Après avoir passé les maisons de Bunia et leur toit en tôle, nous survolons la campagne et les petits villages ituriens avec leurs cases rondes, en terre battue avec des toits en chaume. Le coucou met du temps à prendre de l’altitude ; des perturbations font faire des sauts à l’appareil, et tout le monde est fortement secoué. La campagne est très vallonnée, entièrement cultivée. Les champs épousent les lignes de niveau sur les collines, quelques baraques sont disséminées çà et là. Il y a de nombreux affleurements rocheux, et les surfaces boisées sont rares.
Après une heure de vol, le pilote m’indique Mahagi et son terrain d’aviation. Je ne vois rien. Juste un grand champ vert tendre. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’atterrissage est presque plus souple que sur du bitume.

Mahagi
Enfin arrivé. Enfin je vais pouvoir me poser et essayer de comprendre ce pays, la culture, et les gens.
Je suis sur un matelas posé à terre dans une maison de passage à Rimba, notre base avancée à 60km de Mahagi.
Il fait nuit noire. Il fait froid. Par la fenêtre, le ciel étoilé est magnifique. La constellation du scorpion déchire le ciel. Jupiter est très brillante en ce moment. La croix du Sud est toujours là. La nuit sera bonne.

La suite au prochain numéro !

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  • Bunia, Ituri
    le 25 mars 2010 , Jean Houzé

    Où sont le Bunia , l’Ituri , le Nord Kivu avec les patelins comme Beni , Butembo , Lubero , Kilomines , Mahaghi , Watsa , etc , que j’ai connu de 1958 à 1960 ? C’était le paradis ....

    [Répondre à ce message ]
    • Re: Bunia, Ituri
      le 12 avril 2010, Olivier

      Ce qui est sûr, c’est que cette magnifique région est marquée depuis des années par le conflit larvé entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda.

      On retrouve dans cette région des reliquats de la grandeur passée et on devine le gâchis qu’occasionne cette guerre.

      [Répondre à ce message]
      • Re: Bunia, Ituri
        le 29 août 2010, David Malisi

        la population de l’ituri est de confession religieuse chretienne, animiste et musulmane. Ils sont doux,généreux,mais colériques.ils parlent swahili qui est une langue de politesse, mais dans la partie nord (territoires de Aru et Mahagi), on y parle bangala

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