Aventures Spéléologiques

Voir Mahagi...

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18/06/2008

Enfin arrivé à Mahagi.

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Mahagi
Une petite ville de brousse. Au fond, les montagnes sont en Ouganda, à 5km (vue depuis ma terrasse)

Toute petite ville de 50000 habitants. Plus un mètre de goudron. L’artère principale est bordée de boutiques modestes, et des bâtiments administratifs, et de mon bureau. Au-delà, que des cases et des champs. Le bataillon népalais de la Monuc occupe un vaste camp, à l’écart de la ville. Quelques maisons en dur commencent à être construite. Il y a une cathédrale, Notre-Dame de Lourdes.

Epidémies
Vraiment, je ne dis pas ça pour vous faire frémir, mais depuis deux semaines, MSF l’a confirmé : il y a la peste à Fataki, à 40km de Mahagi. La peste bubonique et la peste pulmonaire. A Mahagi-port, il y a le choléra depuis 6 mois.
Vraiment, ce pays joue de malchance pour repartir sur de bons rails.

Réunion Sécuritaire
Chaque semaine, les ONG travaillant sur le terrain font un petit briefing sécu pour analyser l’évolution de la situation. Mahagi est très calme. Les gens ont vraiment envie de revivre.
La semaine dernière, le seul incident à déplorer est un soldat FARDC, l’armée régulière Congolaise, qui a tiré sur ses pairs lors d’une dispute. Il n’était pas d’accord avec eux sur le partage du butin des extorsions de la journée auprès des populations locales. Les « tracasseries ». C’est le nom que l’on donne ici au racket de l’armée envers les citoyens. Je vous laisse traduire « les tracasseries administratives »

Shilling
La monnaie du Congo est le franc congolais.
600 Francs = 1 dollars US (ca fluctue vite)
1 euro = 1,6 dollars (ca fluctue vite)
Les petites boutiques prennent le franc congolais ; les grandes boutiques, les bars/restau prennent le dollar.
Mais à Mahagi, on utilise le shilling ougandais (1600 shilling pour 1 dollar, et ca fluctue).
Alors dans mon portefeuille, j’ai environ 60$, 8000 francs, et 50000 shilling (plus quelques euros que je n’ai pas encore retirés). Il est épais. Et bonjour le calcul mental

Orages

Nous attendons l’avion. Je dois faire un aller-retour à Bunia. L’avion devait atterrir sur la piste vers 9h30. Mais il pleut depuis trois jours, et nous doutons de voir venir le petit avion. Mais à 13h, un appel de Bunia nous dit que l’avion arrive. Nous sautons dans le Landcruiser, et nous prenons la direction de la piste de décollage. Le chemin est boueux, et le lourd 4x4 pars parfois en glissade. Doucement, nous rejoignons la piste alors que l’avion vient de toucher le sol. Les passagers descendent. Retournés. Bon courage nous disent-ils. Le pilote, Jacques, un belge d’Aviation sans Frontières, nous montre sur son petit appareil photo le film qu’il a tourné à l’aller : rafales de vents, pare-brise inondé, l’appareil secoué en tout sens. « Mais vous voyez, nous dit-il, l’avion a tenu ! »
Paysage de l'IturiNous sommes trois à monter. Nous bouclons la ceinture. Jacques met les gaz, et la boite d’allumette (non local donné au cessna) prend de la vitesse, et rapidement l’avion décolle. Le plafond nuageux est noir. Jacques décide donc de voler à très basse altitude pour éviter les perturbations. Nous zigzagons entre les collines. Nous sommes à 200 ou 300m d’altitude (par rapport au fond de vallée), et nous volons au niveau du sommet des collines, où se trouvent les villages. Les villageois nous voient passer très près, nous font des signes. Voyage superbe, et conditions excellentes, à cette altitude.

Parcours matinal
Le matin, à la grande surprise des gardiens, je pars au travail à pied. Le petit chemin de terre passe au milieu des petites cases en terre battue. Les toits de chaume fument : les mamans on allumé le foyer. Le chemin est à flanc de coteau, et le paysage sur la vallée et les colline Ougandaises, en face, vaut vraiment le détour. « Népalais, népalais ! ». Ce sont les enfants qui m’appellent. Comme le bataillon de la Monuc à Mahagi est constitué de soldats népalais, ces enfants pensent que tous les Muzungus sont népalais. Il faut un peu de pédagogie pour leur expliquer que je suis français. Et de la patience, car une fois qu’ils ont eu le courage de s’approcher, et de prendre ma main, ils ne veulent plus la lâcher, et caressent mon bras sans répit.

INERA
A Rimba, petit village à 30km de Mahagi, se trouve notre sous-base pour le projet route. Nous réaménageons une route qui permet de relier Nioka à Golu. C’est la route principale pour rejoindre Aru, gros centre d’échange commercial à la frontière avec le Sud-Soudan. Pour cette route, nous employons 600 cantonniers locaux en permanence.

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Les constructions coloniales de l’INERA
Rimba, Nyoka, Congo (RDC)

A Rimba se trouve l’INERA, un centre de recherche agricole construit par les belges dans les années 40, repris par l’état à l’indépendance, et laissé peu à peu à l’abandon. Les locaux du centre sont superbes. Une architecture coloniale en briques rouges, des belles maisons pour les salariés, dans un cadre superbe. Nous louons deux de ces maisons que nous avons retapé, et qui accueillent nos équipes de passage.

Nioka, ville fantôme
Hôtel du Nil, à NiokaComme aucune autre de ville en Ituri, Nioka a été complètement détruite. Les habitants ont fui. Certains reviennent, mais les souvenirs des atrocités qui se sont déroulées ici il y a trois ans reste vif, et la ville n’est toujours pas repeuplée. Le long de la route qui traverse la ville, toutes les maisons en briques ont été détruites. Les bâtiments administratifs sont éventrés. Les murs des maisons sont à moitié couchés. Un ancien hôtel dont la devanture a été détruite nous présente un desk d’accueil et une cheminée en pierres taillées trônant au milieu des herbes folles.

Road trip
Lassé de faire le trajet Bunia-Mahagi en avion (je plaisante), j’ai profité d’un transport de matériel pour faire le trajet en voiture. La route est en plutôt bon état. Mais nous sommes en saison sèche. Les conditions sont paraît-il épouvantables lorsque la route est boueuse et il faut 9h de route pour rallier ces deux villes. Nous n’avons mis que 5h pour parcourir 170km.
Nous traversons des villages rudimentaires, une petite ville minière où une centaine de congolais brassaient les sables de la rivière à la recherche d’or, des collines et encore des collines…

Pour terminer, voici un petit film qui présente le projet sur lequel je travaille. Cela permettra de mettre des images sur les mots :
Programme de relance économique et sociale, Ituri (Solidarités, OFDA)

Je prends progressivement connaissance des lieux, des gens, et cela fera probablement l’objet de mon prochain courrier

suite

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  • Voir Mahagi...
    le 10 avril 2010 , Dimitris Tsaknakis

    Mon pere Ilias Tsaknakis mort en 1957 a Mahagi me fais revivre des moments deifficiles en regardant les photos de ce village ou je suis ne.

    Dimitris Tsaknakis
    Grece

    Priere de me contacter.

    [Répondre à ce message ]
    • Re: Voir Mahagi...
      le 23 avril 2010, Jean-Marie Adubangho

      Salut Dimitris, je me rappelle bien du nom de Tsaknakis a Nioka quand j’etais petit. Rimba et Nioka, c’est le milieux ou j’ai grandi.

      [Répondre à ce message]
      • Re: Voir Mahagi...
        le 5 mai 2010, Olivier

        Nioka, Rimba, des noms qui évoquent encore des choses pour moi, au cours des quelques mois passés à Mahagi.

        Merci Jean-Marie de les faire remonter à la surface !

        [Répondre à ce message]
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