Aventures Spéléologiques

La Cascade Mystérieuse

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« La cascade sort de la montagne, et disparaît immédiatement dans le sol entre les rochers »
C’est en ces termes intriguant qu’Alexis m’avait décrit la cascade qu’il avait vue par avion, lors d’un trajet Bunia-Mahagi.

Cette description m’avait un peu fait rêver. Certes, on pouvait imaginer pleins de choses. Qu’il ait mal vu, que la cascade soit au fond d’un canyon, que la rivière amont soit dissimulée… Mais il restait aussi, pourquoi pas, la possibilité qu’il s’agisse d’une résurgence. Cela me paraissait un objectif intéressant pour ce week-end.

Lors du passage suivant à Mahagi de Jacques, le pilote du petit avion, je lui demande s’il possède les coordonnées GPS de la cascade mystérieuse. Il fouille un peu, et me les fourni.
Rentré à la maison, je positionne le point sur une mauvaise carte des UN, sur Google Earth, et l’un dans l’autre, je me rend compte que par chance la cascade n’est pas trop loin. A priori à 5km de la route, à vol d’oiseau, juste avant Ndrele (se prononce « drélè »). A vu de satellite, le zone est joliment vallonnée, et il y aurait possibilité d’enchaîner sur un sommet ensuite, si le temps le permet.
Je demande à Patrick, mon logisticien congolais, s’il connaît cette cascade et quoiqu’il n’y soit jamais allé, il m’indique la route : « à Ndrele , au rond point, tu tournes à gauche. C’est la route qui y mène »

Le mont Dju

Me retrouvant seul à Mahagi ce dimanche, je pars en direction de Ndrele, à une grosse vingtaine de kilomètres de Mahagi. Nous sommes en début de saison des pluies, et le ciel est totalement dégagé, d’un bleu pâle brumeux. Il a plu presque tous les jours de la semaine, et j’espère que ce départ matinal nous garantira au moins une demi-journée sèche.

La piste est presque sèche, c’est la route principale pour Bunia, et 45 minutes de cahots, nous arrivons au rond-point de Ndrele. A gauche toute. Nous nous éloignons de l’axe principal, et nous commençons à traverser des villages. Ici, les gens n’ont pas l’habitude de voir passer des Népalais, et les enfants me saluent tous de la main, suivent la voiture en courant, ou parfois se mettent à pleurer de peur ! La route fait des lacets entre les collines, passe de versant en versant, mais la cascade s’éloigne continuellement. Nous n’avons pas dû prendre la bonne route. Jacques, le chauffeur (homonyme du pilote d’avion), ne connaît pas la zone, et après 30 minutes de brousse, alors que nous sommes proche du sommet que j’avais repéré, je décide d’arrêter les frais, et de partir à pied, le but n’étant pas de faire toute la route en voiture.

Nous sommes dans la zone de transition entre les plateaux à 1600m et le lac Albert (ex lac Mobutu) à 600m. La zone est très montagneuse, et de larges vallées entaille les massifs pour arriver jusqu’au lac. Je me trouve à quelques centaines de mètres du sommet, et c’est à travers champs que le sentier est tracé. Dans un champs de manioc, une mère et ses enfants plantent les haricots. Ils ne me voient pas arriver, et lorsque je dis « Djambo », les gamins s’enfuient . Cette scène se reproduira de très nombreuses fois au cours de la journée ! Le sommet du mont Dju (2030m) arrive assez vite, et la vue au sommet est bien entendue superbe. Le lac est dans la brume, je n’en vois pas la couleur ; mais au pied du mont, sur un petit plateau, on trouve des villages parsemés desquels on entend monter les percussions des tam-tams. Dans l’alignement de la chaîne montagneuse, un seconde massif. Enfin, de l’autre côté s’ouvre une large vallée, et dans le fond, elle est là, puissante, imposante. La cascade, dans le lointain, s’impose au regard.
J’étudie un peu le parcours depuis mon point de vue, repère les collines, les villages à traverser…

Je sors la radio, un petit appel pour la voiture, pour prévenir que vu la distance de la cascade, je ne vais pas rentrer de sitôt. Mais c’est Mahagi qui répond à mon appel. Évidemment, je suis au point culminant de la zone, et je capte tout le monde.

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Une rencontre haute en couleurs

Commence alors la descente, qui sera longue. Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai traversé la cour d’une petite maison au toit de chaume, où j’ai dit bonjour aux enfants et mamans croisés sur le chemin, où l’on m’a demandé si je n’étais pas perdu.
Un point m’étonne, par rapport à mes expériences en pays plus développés (Cameroun, Gabon) : malgré l’extrême pauvreté, ici, les concessions sont parfaitement entretenues, aucun déchet ne traîne, les cases sont propres, entourées de plantations de fleurs décoratives…

Au fond de la vallée, alors que je traverse une rivière, une grosse maman m’interpelle joyeusement. Elle est réfugiée Ougandaise, et s’étonne de me voir là. Questions habituelles : d’où je viens, qu’est-ce que je cherche, est-ce que je suis perdu. Elle me présente ses filles… La discussion attire une foule grandissante, et bientôt, pour éviter l’émeute (les gens se bousculant pour mieux me voir), je continue le chemin.

Je ne dois plus être loin de la cascade, et le ciel s’est chargé. Au loin, vers le lac, les nuages sont noirs. La saucée est à prévoir. Ce ne sont pas les abris qui manquent, et je verrais bien.

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La fameuse cascade

Quelques champs à traverser et je me retrouve face au spectacle de la cascade. 1000 à 2000 litres par seconde se jettent de 30 m de hauteur, avant de disparaître dans une végétation dense qui avale la rivière. Pas étonnant qu’elle soit invisible vue d’avion.

Je suis malheureusement du mauvais côté de la cascade : en rive gauche, il est possible de se poser sur les rochers, et de prendre une bonne douche ! Je me rafraîchis quand même, me pose un instant, en réfléchissant à la suite de mon parcours. Faire la boucle ne sera pas forcément court, mais revenir sur ses pas n’est jamais très attirant. Je remonte donc au sommet de la cascade, puis essaie de suivre au jugé le chemin qui devrait me ramener à la voiture. Avec ces nombreux champs, ce ne sont pas les chemins qui manquent.

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« Abari », lancé-je à une veille femmes en train de décortiquer les grains de café. Elle prend les cerises, les machouille pour recracher la pulpe et garder le noyau.
« Muzuri ! » Elle se lève brusquement, me tend la main calleuse, et se met à me poser pleins de question, s’emporter, sourire, faire de grands gestes. Bien sûr, je ne comprends rien à ce qu’elle raconte. Son visage est ravagé par les rides, et son sourire me présente une bouche totalement édentée. Mais la joie qu’elle dégage fait plaisir à voir. Elle appelle à grands cris sa fille, qui habite la case d’à côté, et ses petites filles. Toutes viennent me saluer, mais personne ne parle français. Le français n’est qu’une des 4 langues « nationales » congolaises, et l’école est inexistante dans le coin avec les années de guerre. Je fais mon plus beau sourire, mais la communication s’arrête là, malheureusement.

Je repars, et mon trajet se met à zigzaguer : le versant est escarpé, et trouver le meilleur chemin n’est pas évident. De combe en butte, je m’approche de mon village de départ, et je me retrouve finalement sur la piste principale, que je longe jusqu’à rejoindre la voiture au moment où les premières gouttes se mettent à tomber. Le ciel est toujours menaçant, et l’orage arrive.
Je termine par quelques étirements : la fin était raide, et le rythme soutenu que j’ai pris par éviter la pluie ont fait naître quelques crampes.

PS : Le parcours fait 16km et 650m de dénivelé

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Seconde randonnée

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La douche !
Lors de la seconde rando, nous avons pu nous rendre au pied de la cascade et prendre une douche vivifiante

Quelques semaines après cette première randonnée, j’y suis retourné avec David, et nous avons trouvé un itinéraire qui met cette cascade à 15 min à pied d’une route carrossable.
Ce nouvel accès sera probablement pratiqué pour faire un simple pique-nique au pied de la cascade.

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Fichier Google Earth
Les deux itinéraires de randonnée

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